Dimanche matin, deuxième banc à gauche. Madame R. porte des appareils auditifs depuis douze ans. Deux places plus loin, Monsieur T. entend mal lui aussi, mais il n'a jamais fait poser d'audioprothèse. Jusqu'à présent, ces deux personnes relevaient de deux mondes séparés : l'une pouvait bénéficier d'un dispositif d'écoute assistée, l'autre non. C'est précisément ce que change Auracast. Cette norme de diffusion audio sans fil, portée par le Bluetooth SIG, permet à un lieu de culte de diffuser la voix du célébrant dans un flux unique, que les appareils auditifs récents captent directement, sans accessoire ni manipulation, et que n'importe quel visiteur peut également recevoir sur ses propres écouteurs. Une seule installation, un seul flux, et chacun entend — qu'il soit appareillé ou non. Cet article explique comment fonctionne cette technologie, ce qu'elle apporte concrètement à une église, et pourquoi elle déplace la question de l'accessibilité vers quelque chose de plus juste : l'inclusion.
Auracast, une diffusion audio publique sans fil
Auracast repose sur une évolution du Bluetooth appelée LE Audio (Low Energy Audio), conçue pour transmettre du son avec une très faible consommation d'énergie. La nouveauté n'est pas le Bluetooth en lui-même — il équipe casques et enceintes depuis longtemps — mais son mode de diffusion.
Jusqu'ici, le Bluetooth fonctionnait par appairage un-à-un : un téléphone, une enceinte. Auracast permet à un émetteur unique de diffuser un flux que plusieurs récepteurs captent simultanément, sans appairage individuel et sans limite théorique de nombre, un peu comme une fréquence radio ouverte à qui veut l'écouter. Le codec audio normalisé pour ce mode de diffusion est le LC3, retenu pour sa qualité à faible débit et sa sobriété énergétique, indispensable à des appareils qui doivent tenir une journée entière de batterie.
Dans un aéroport, un émetteur Auracast diffuse les annonces d'embarquement en plusieurs langues et chaque voyageur choisit son flux. Dans une église, un émetteur relié à la console de sonorisation diffuse la voix du célébrant, captable par tout appareil compatible présent dans l'édifice.
Ce qu'il faut retenir : Auracast n'est pas un produit, c'est une norme de diffusion. Plusieurs fabricants proposent des émetteurs et des récepteurs conformes à cette norme, mais la technologie elle-même n'appartient à aucune marque — un peu comme le Wi-Fi.
La connexion directe avec les appareils auditifs
C'est le point décisif, et celui qui est le plus souvent mal compris. Les audioprothèses récentes intégrant LE Audio reçoivent le flux Auracast directement dans l'appareil, sans boîtier intermédiaire, sans boucle de cou, sans câble et sans accessoire à porter. Le son arrive dans l'oreille au même titre qu'une conversation téléphonique passée par l'appareil, avec le réglage personnalisé déjà configuré par l'audioprothésiste.
Pour la personne appareillée, cela change trois choses concrètement :
- Rien à porter en plus. Aucun équipement visible, aucun objet à récupérer à l'entrée, aucun objet à rendre à la fin de l'office.
- Rien à manipuler pendant la célébration. La sélection du flux se fait une fois, depuis l'application de l'appareil auditif ou le téléphone, et l'appareil mémorise ensuite la diffusion de l'église.
- Le confort d'écoute de ses propres réglages. Le signal est traité par l'audioprothèse selon la courbe de correction de la personne, et non diffusé tel quel dans un écouteur générique.
Et pour les personnes qui entendent mal sans être appareillées — par choix, par coût, ou parce que leur perte auditive est encore modérée — le même flux est accessible sur leurs propres écouteurs compatibles, ou sur un récepteur mis à disposition par la paroisse. C'est la première fois qu'un dispositif d'écoute assistée s'adresse aux deux publics avec une seule installation.
L'inclusion, et non plus seulement l'accessibilité
La différence entre ces deux mots n'est pas qu'une nuance de vocabulaire, et elle se vérifie très concrètement un dimanche matin.
Rendre un lieu accessible, c'est prévoir un dispositif particulier pour un public particulier. Cela fonctionne, et c'est indispensable, mais cela suppose souvent que la personne se signale : qu'elle demande un boîtier à l'entrée, qu'elle porte un collier de réception autour du cou, qu'elle s'installe dans une zone déterminée de la nef plutôt qu'à la place qu'elle aurait choisie. Le dispositif désigne celui qui l'utilise.
Rendre un lieu inclusif, c'est faire en sorte que la même chose serve à tout le monde, sans distinction visible. Avec Auracast, la personne appareillée s'assoit où elle veut, n'a rien à demander à personne, et reçoit le son dans ses propres appareils. Le visiteur qui entend mal sans le dire met ses écouteurs, comme n'importe qui en écoutant de la musique. L'assistante maternelle qui accompagne un enfant malentendant, le paroissien dont l'audition baisse sans qu'il l'ait encore reconnu, la personne âgée placée au fond de la nef : tous accèdent au même flux, par le même geste.
Dans un lieu de culte, cette dimension n'est pas accessoire. L'assemblée est, par définition, un rassemblement où personne ne devrait avoir à se signaler comme différent pour participer. Une technologie qui supprime le marqueur visible de la difficulté auditive sert cette intention mieux qu'un dispositif qui l'expose.
Et l'inclusion n'a de sens que si elle ne laisse personne de côté, y compris ceux dont l'appareillage date de plusieurs années. C'est pourquoi une installation Auracast bien conçue prévoit, à côté de la connexion directe, des récepteurs de prêt équipés d'un casque ou d'une boucle tour de cou — nous y revenons plus loin. Trois publics, un seul flux, une seule installation.
Le critère que nous retenons : une bonne installation d'écoute assistée est celle dont personne n'a besoin de parler. Si le fidèle doit expliquer son besoin, demander un objet et le rendre, le dispositif fonctionne mais il n'inclut pas tout à fait.
Comment cela se traduit pendant la célébration
Dans une installation classique, le signal du micro du célébrant part vers une table de mixage ou un processeur, puis vers l'amplificateur qui alimente les haut-parleurs de la nef. Pour ajouter Auracast, on dérive ce même signal, après traitement, vers un émetteur dédié. Celui-ci diffuse en continu, et il suffit à chacun de sélectionner la diffusion de l'église — comme on choisirait un réseau Wi-Fi — pour l'entendre.
L'installation reste simple : une seule liaison depuis la console vers l'émetteur, et aucun câblage au sol ni en périmètre de la zone à couvrir. C'est un avantage considérable dans un édifice protégé, où chaque percement et chaque cheminement de câble supposent une validation. Les mêmes arbitrages que nous détaillons dans notre article sur le choix entre sonorisation sans fil ou filaire en église s'appliquent ici, mais avec une contrainte de pose nettement réduite.
Ce que la technologie suppose aujourd'hui
Nous préférons être précis plutôt que de laisser croire que tout le monde est déjà équipé. Auracast a été présentée en 2022, et l'adoption progresse par vagues selon les familles d'appareils.
Du côté des appareils auditifs : c'est en place
Les principaux fabricants d'audioprothèses proposent désormais des gammes intégrant LE Audio et Auracast. Un porteur dont l'appareillage est récent dispose donc de la fonction, souvent sans le savoir, et il suffit d'une activation pour en bénéficier. Le renouvellement du parc se faisant sur plusieurs années, une partie des porteurs actuels n'en disposeront qu'à leur prochain appareillage — mais la trajectoire est claire, et chaque nouvelle paire posée élargit le public desservi par l'installation de la paroisse.
Du côté des smartphones : variable
La réception Auracast est disponible sur plusieurs modèles Android récents, Pixel et haut de gamme Samsung en particulier, et dépend de la version du système. À la date de rédaction, l'iPhone ne reçoit pas encore les diffusions Auracast. Les écouteurs Bluetooth classiques, même annoncés en Bluetooth 5.3, ne suffisent pas : seuls les modèles mentionnant explicitement Auracast ou LE Audio fonctionnent, la norme n'étant pas rétrocompatible.
Des récepteurs à disposition, pour ne laisser personne de côté
C'est la réponse pragmatique à ce qui précède, et elle fait partie intégrante de l'installation que nous préconisons : un petit stock de récepteurs dédiés, disponibles à l'entrée, permet à toute personne de suivre l'office quel que soit son équipement personnel. Nous retenons pour cela des appareils de type AuraSTRX, qui fonctionnent indifféremment en émetteur ou en récepteur et dont l'écran tactile permet de sélectionner la diffusion de l'église en deux gestes. Ils se déclinent selon deux accessoires, qui couvrent précisément les deux situations laissées de côté par les appareils récents.
Avec un casque audio, pour les personnes qui ne sont pas appareillées du tout. Celles qui entendent mal sans l'avoir reconnu, celles qui n'ont pas franchi le pas de l'audioprothèse, mais aussi un visiteur de passage, un parent accompagnant, ou simplement quelqu'un installé au fond d'une nef longue et réverbérante. Le casque restitue le flux direct, sans réverbération et sans bruit de fond.
Avec une boucle tour de cou, pour les porteurs d'appareils auditifs plus anciens, non compatibles Auracast mais équipés d'une bobine de réception — la position T. Le récepteur capte la diffusion Auracast et la retransmet par un petit champ magnétique personnel, que la bobine de l'appareil capte comme elle capterait une boucle installée dans le bâtiment. La personne retrouve ainsi le confort de ses propres réglages, sans que la paroisse ait eu besoin de câbler une boucle dans l'édifice.
Ce dernier point mérite d'être souligné, car il résout l'objection la plus fréquente : un parc d'audioprothèses anciennes n'est pas un obstacle à un déploiement Auracast. La boucle tour de cou fait le pont entre la norme nouvelle et les appareils déjà en circulation, sans travaux et sans attendre le renouvellement des appareillages. L'installation est donc opérationnelle pour l'ensemble de l'assemblée dès le premier dimanche : appareils récents en connexion directe, appareils anciens par boucle tour de cou, personnes non appareillées au casque.
Le cadre réglementaire
Un point à connaître avant d'arbitrer. La réglementation française relative à l'accessibilité des établissements recevant du public, issue de l'arrêté du 20 avril 2017, impose un dispositif de boucle à induction magnétique conforme à la norme NF EN 60118-4 dans certains cas : les guichets d'accueil des ERP remplissant une mission de service public, les ERP de 1re et 2e catégories, et les ERP de 3e et 4e catégories neufs ou réaménagés.
Auracast, en tant que norme récente, n'est pas encore visée par ces textes et ne se substitue donc pas à l'obligation lorsque celle-ci s'applique. Pour beaucoup d'églises paroissiales, cette obligation n'est pas déclenchée, et la question se pose alors librement : quel dispositif servira le plus grand nombre de fidèles réellement présents ? Lorsque l'obligation s'applique, les deux dispositifs se combinent sans difficulté, le même signal alimentant l'un et l'autre. Nous vérifions systématiquement ce point lors de l'étude, afin que l'investissement de la paroisse soit à la fois utile et conforme.
Pour mémoire, notre article consacré à la boucle magnétique en église détaille le fonctionnement et le coût de ce dispositif, dont nous assurons également l'installation.
Faut-il l'installer dans votre église ?
Trois éléments orientent la réponse.
L'état de votre sonorisation. Si vous engagez une reprise de votre installation, intégrer un émetteur Auracast dès la conception coûte très peu au regard du chantier global, et vous évite d'y revenir. Si votre système est récent et fonctionne bien, l'ajout se fait par simple dérivation du signal, sans toucher au reste.
Les contraintes de l'édifice. C'est souvent l'argument décisif. Dans une église classée, où tout câblage au sol ou en périmètre demande des autorisations et des travaux, une solution qui ne requiert qu'une liaison depuis la console présente un avantage net en coût de pose comme en réversibilité.
Le profil de votre assemblée. Plus la proportion de porteurs d'appareils auditifs est importante, plus le bénéfice est immédiat, puisque ce sont eux qui captent le flux sans aucun accessoire. C'est généralement le cas dans les paroisses où la moyenne d'âge est élevée — celles, précisément, où l'intelligibilité de la parole est l'enjeu quotidien.
Les dispositifs de financement dédiés à l'accessibilité et au patrimoine, détaillés dans notre article sur les subventions pour la sonorisation d'un édifice religieux, peuvent couvrir ce type d'équipement selon les dossiers.
Un préalable qui ne change pas
Quelle que soit la technologie de diffusion retenue, le signal doit être propre à la source. Une diffusion Auracast alimentée par un micro mal positionné ou par un signal saturé transmettra fidèlement un mauvais son : aucune technologie de transport ne corrige un défaut de prise de son en amont. Les critères qui garantissent une captation nette restent ceux que nous détaillons dans notre article sur le choix du micro du prêtre.
C'est d'ailleurs la manière dont nous abordons chaque projet : la qualité de la voix d'abord, le mode de diffusion ensuite. Auracast nous permet aujourd'hui de porter cette voix jusque dans les appareils auditifs des fidèles, sans accessoire et sans que personne ait à se signaler. C'est un progrès réel, et nous le déployons avec la même exigence que le reste de l'installation.